L’Arctique se réchauffe quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, selon une étude

La fonte de centaines de milliards de tonnes de glace chaque année au Groenland se traduit par une élévation du niveau des mers qui met en péril des populations à des milliers de kilomètres de là. (Jonathan Nackstrand/AFP/Getty Images)
Les températures de surface dans les régions arctiques augmentent à un rythme quatre fois plus élevé que la moyenne mondiale depuis les années 2000, selon une étude réalisée par des scientifiques nord-américains et britanniques.

Les chercheurs, dirigés par Petr Chylek, physicien et climatologue au laboratoire de Los Alamos, au Nouveau-Mexique, ont réexaminé les données climatiques des 60 dernières années et les principaux modèles utilisés par la communauté scientifique dans le monde.

Jusqu’à maintenant, les estimations étaient que l’Arctique se réchauffait environ trois fois plus vite que l’ensemble de la planète.

Les principaux modèles employés jusqu’ici utilisent une échelle temporelle d’au moins 30 ans pour estimer la différence entre la tendance observée dans l’Arctique et la moyenne mondiale.

Or, l’équipe de Petr Chylek a plutôt choisi une échelle de 21 ans qui, selon elle, permet de mieux distinguer les écarts substantiels de températures qui se produisent en quelques années seulement ou même sur une année en particulier.

« Nous avons réduit l’intervalle temporel à 21 ans. Avec cette période plus courte, et contrairement aux travaux antérieurs qui montraient que l’indice d’amplification arctique augmentait de façon graduelle, nous avons observé deux [changements de cadence] distincts, l’un en 1986 et l’autre en 1999 », explique M. Chylek, dans un communiqué.

L’indice d’amplification arctique

Les chercheurs utilisent cet indice pour mesurer la différence entre les hausses de température dans l’Arctique par rapport à celles de l’ensemble du globe.

Un indice d’amplification arctique de quatre indique que, pour une période donnée, l’Arctique s’est réchauffé quatre fois plus vite que la moyenne mondiale.

L’amplification arctique est le phénomène où, au fur et à mesure que le couvert de neige et de glace fond dans la région polaire, les rayons du soleil sont de plus en plus absorbés par le sol et la mer, de couleur foncée, au lieu d’être réfléchis vers l’atmosphère. C’est, en d’autres termes, la diminution de l’effet d’albédo.

Ainsi, plus le climat global se réchauffe, plus la fonte augmente aux pôles, ce qui, à son tour, amplifie le réchauffement global.

D’autres facteurs contribuant au réchauffement polaire accéléré sont les courants atmosphériques et océaniques qui modifient les conditions de chaleur et d’humidité dans le Grand Nord avec les changements climatiques.

Ce sont donc deux « bonds » ou inflexions des hausses de températures dans l’Arctique qui ont échappé à la plupart des modèles climatiques précédents, selon les chercheurs.

Le premier, en 1986, s’explique selon eux par la hausse importante de la concentration de CO2 et de polluants dans l’atmosphère à l’époque. Le deuxième, en 1999, est plus difficile à expliquer, mais les chercheurs avancent qu’il est probablement dû aux interactions entre la glace de mer et la vapeur d’eau et aux changements dans les échanges de chaleur par les courants océaniques et atmosphériques dans l’Arctique. 

Sur les 39 principaux modèles climatiques utilisés communément par les scientifiques dans le monde dont le rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) seuls quatre modèles avaient détecté le bond de 1986 et aucun modèle ne décelait celui de 1999, rapporte l’étude.

De plus, l’analyse de Petr Chylek et de son équipe montre un écart important et croissant entre les températures enregistrées dans l’Arctique par rapport à la hausse mondiale à partir des années 2000, un écart qu’ils établissent à un facteur de 4 pour ces 20 dernières années.

Selon eux, les quatre modèles qui ont détecté le changement de cadence en 1986 sont un peu plus précis que les autres. « Les scientifiques font une moyenne de tous les [39] modèles existants et tiennent pour acquis que cet ensemble est plus fiable qu’un modèle en particulier. Mais nous avons montré que la moyenne de tous les modèles ne fonctionne pas dans ce cas-ci », dit Petr Chylek. 

D’après eux, il faut des modèles précis capables de prédire les changements anticipés pour les 10, 20, 30 prochaines années, et donc ne pas se contenter de modèles qui donnent une fenêtre large de 50 ou de 100 ans. Cela est primordial, notamment pour les populations vivant dans le Grand Nord qui subissent des changements météorologiques et écosystémiques importants, la dégradation des infrastructures et la hausse du niveau des mers.

Ils soulignent par ailleurs que les augmentations de l’indice d’amplification de l’Arctique dans les prochaines années seront probablement plus faibles à mesure que la différence de température entre l’Arctique et les tropiques diminue.

Les travaux sont parus dans la revue Geophysical Research Letters.

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