Des films d’animation inuit des années 1970 enfin projetés au Nunavut

Remisés depuis plus de 50 ans, une série de courts métrages d’animation produits au Nunavut dans les années 1970 et tout récemment numérisés pour l’Office national du film du Canada (ONF) seront projetés pour la toute première fois sur grand écran dans le cadre du festival international du film du Nunavut Aulajut.
Réunis au sein de la collection Arctic Workshop Reel, ces courts métrages seront présentés en avril à Kinngait et à Igloolik. Ils sont également accessibles sur le site de l’ONF depuis l’été 2025.
D’une durée de 70 minutes, cette œuvre en quatre volets est le fruit du travail de 12 cinéastes inuit de l’atelier Sikusilarmiut de Kinngait. Ce studio d’animation a été fondé en 1972 par l’ONF, avec l’appui du gouvernement ténois et du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien.
Avant d’être dépoussiérées par l’ONF, la majorité de ces créations n’avaient encore jamais été dévoilées au grand public.
Certaines de ces œuvres ont toutefois acquis une certaine renommée internationale avec la sortie en 1973 du film Animation from Cape Dorset, une œuvre de 18 minutes primée au festival du film de Zagreb.

Jamesie Fournier, auteur inuit et coordinateur du festival, décrit la nouvelle collection comme une sorte de version réalisateur du premier film.
Toutes ces œuvres n’avaient encore jamais vu la lumière du jour, ou n’avaient jamais eu droit à quelconque reconnaissance ou crédits pour leurs artistes. Être en mesure d’avoir accès à ce travail, et de le rendre disponible au grand public est une chose vraiment palpitante, dit-il.
De toutes les œuvres créées au studio de Kinngait, ce sont les animations sur sable qui marquent d’abord l’esprit de M. Fournier.
Ces œuvres possèdent une dimension irréelle, comme un rêve. En voyant ces animations faites de sable, en voyant ces images se fondre les unes dans les autres, et en y voyant également le reflet d’une culture, quelque chose de typiquement inuit… j’y ai vu quelque chose de vraiment exceptionnel, confie-t-il.
Le cinéaste Peter Raymont a réalisé en 1975 le documentaire Sikusilarmiut, sur l’atelier de Kingait. Il était de passage à l’édition 2026 du Festival international du film du Nunavut.
Quel contenu incroyable, n’est-ce pas?, lance-t-il avec bonheur. Ces films ont été créés par ces jeunes qui expérimentaient tout simplement différentes techniques d’animation. On m’a demandé de raccorder tout ça et de l’envoyer à des festivals de films.
Ce dernier est émerveillé que ces bobines remisées soient désormais accessibles au grand public.
C’est remarquable parce que nous n’avions évidemment pas inclus tous les films que les animateurs de Kinngait avaient créés en 1973. Ils ont continué à faire des films par la suite, qui peuvent maintenant être vus, souligne-t-il.
Selon Jamesie Fournier, ces créations expérimentales et hors norme sont susceptibles de bousculer les idées préconçues du public sur l’art inuit.
« On peut y observer un travail très moderne et expérimental, spécialement pour les œuvres des années 1970. Il nous vient ce sentiment d’une nouvelle vague d’expression artistique qui défie les conceptions traditionnelles que l’on se fait de l’art inuit », avance-t-il.
C’est exactement le genre de choses que les gens produisent aujourd’hui avec leurs cellulaires, fait remarquer le cinéphile. Mais ça a été créé en 1972 sur le territoire de Kinngait.
Avec les informations de Bianca McKeown
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