Langues autochtones au Canada : Après la loi, une Nation autochone du Nord veut des moyens

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Le conseil de la Première Nation des Gwitchin à Inuvik, aux Territoires du Nord-Ouest, dans l’Arctique canadien. (David Thurton/Radio-Canada)
Le Conseil tribal gwich’in lancera prochainement deux nids linguistiques, une première chez eux.

La toute récente Loi sur les langues autochtones est un « développement bienvenu », mais doit conduire à des mécanismes de financement plus soutenus pour permettre le développement de programmes à long terme.

C’est le commentaire émis par le spécialiste en revitalisation des langues Andrew Cienski, qui travaille au Conseil tribal gwich’in.

« Apprendre une langue prend des années, précise M. Cienski, et pour que nos collectivités fassent une transition de la langue dominante à notre langue traditionnelle, ça prendra des générations. Ce travail ne peut pas être fait avec du financement qui dure six mois ou même deux ans à la fois. »

Si le financement n’est pas le seul facteur favorisant la revitalisation d’une langue, elle renforce la capacité des ainés, des professeurs et des apprenants à être plus efficaces, note le spécialiste, en plus de créer des ressources comme des programmes d’immersions, des livres, et du matériel didactique.

« Quand les individus et les familles auront les ressources et la volonté de déterminer leur propre langue, avance M. Cienski, le Canada aura restitué un peu de ce qu’il a détruit, et peut-être fait quelques progrès envers la réconciliation. »

La langue au-delà des frontières

En Alaska, au Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest, le gwich’in compterait quelques 500 locuteurs, soit une fraction de la population gwich’in.

En Alaska, la Fondation Doyon offre gratuitement des cours de gwich’in en ligne. Il est aussi enseigné à l’Université de l’Alaska.

Le Conseil tribal gwich’in ne collabore pas avec l’Alaska, mais l’organisation a en partie développé son propre programme d’apprentissage linguistique avec des collectivités du Yukon.

M. Cienski souhaite développer davantage de liens outre-TNO dans le futur.

Dans la région de Beaufort-Delta, la langue est enseignée à l’école. « De grands efforts ont été faits récemment pour améliorer les programmes et appuyer les professeurs, note M. Cienski, il y a une nette amélioration par rapport au passé. Cependant, environ une heure par semaine d’enseignement, ce n’est pas assez. »

Parmi les plus récentes initiatives de revitalisation, on compte des camps dans la nature d’une durée d’un mois, des programmes de mentorat contenant 300 heures d’apprentissage en immersion et des ressources audiovisuelles et en ligne.

« Cet été et cet automne, dit Andrew Cienski, nous allons travailler au renforcement des capacités des collectivités pour l’enseignement du gwich’in et lancer deux nids linguistiques. »

Les nids linguistiques sont un modèle d’apprentissage créé par les Maoris, où des grands-parents, fluides dans leur langue, sont mis en relation avec leurs petits-enfants pour accentuer la transmission linguistique.

Ces nids, qui prennent la forme d’une garderie en immersion, seront à Inuvik et l’autre à Tsiigehtchic (communautés du nord-ouest du territoire) et auront de la place pour huit enfants. Chacune sera dirigée par deux spécialistes du développement préscolaire.

« Ces personnes n’auront pas nécessairement la connaissance de la langue, spécifie Andrew Cienski, […] mais elles travailleront dans un environnement gwich’in immersif, elles acquerront donc des aptitudes langagières en même temps que les enfants. »

Le Conseil tribal gwich’in met de surcroit au point classes des soirées ou des fins de semaine pour les familles des enfants participants aux nids linguistiques, afin qu’elles puissent, dans une certaine mesure contribuer à l’acquisition de la langue.

Premier pas critique

« Les nids linguistiques sont un premier pas critique dans la revitalisation d’une langue communautaire, avance M. Cienski. Même si plusieurs groupes d’âge ont besoin de ressources, c’est mieux de commencer avec les plus jeunes parce que ce sont eux qui apprennent le langage le plus vite, et parce qu’ils apprennent en jouant et en explorant, nous n’avons pas besoin de programme comme les adultes. »

M. Cienski trouve très excitante la création de ces nids, qui procurera entre quatre et huit heures d’environnement immersif gwich’in aux enfants.

Il fait valoir que selon certaines recherches, les adultes ont besoin d’atteindre 1300 heures d’exposition à une langue pour atteindre un niveau intermédiaire.

« Les enfants dans le programme à temps plein atteindront ce nombre d’heures en avril l’an prochain, précise-t-il. Nous n’avons jamais essayé ce genre de programme, alors nous sommes impatients de commencer. »

La Loi sur les langues autochtones a obtenu la sanction royale le 21 juin 2019.

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Denis Lord, L'Aquilon

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