Une université québécoise offrira un cours d’initiation à l’inuktitut

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L’Université Laval s’apprête à donner un premier cours d’initiation à l’inuktitut. Sur cette image : le pavillon Charles-De Koninck, où se trouve l’École des langues de l’Université Laval. (Louise Leblanc/Courtoisie de Jean-François Huppé)
L’École de langues de l’Université Laval, à Québec, offrira à compter du mois de janvier un cours d’initiation à l’inuktitut du Nunavik, la région inuit du Nord québécois.

« Ils [les étudiants, NDLR] vont développer des compétences [pour] comprendre la structure de la langue écrite […] et apprendre les formules d’usage à un niveau élémentaire », explique la directrice de l’École de langues de l’Université Laval, Rachel Sauvé.

Offert durant la session d’hiver, soit du 13 janvier au 24 avril, le cours d’initiation à l’inuktitut sera le premier cours en langue autochtone offert à l’Université Laval. « J’ai cherché longtemps un enseignant capable de donner ce cours-là », affirme Rachel Sauvé.

L’objectif, explique-t-elle, est de donner aux étudiants les outils nécessaires pour développer des compétences orales et écrites de production et de compréhension.

« Notre objectif n’est pas l’étude de la langue comme objet linguistique, mais bien le développement de compétences langagières pour permettre aux étudiants d’interagir dans le milieu. »

Rachel Sauvé, directrice de l'École de langues, Université de Laval

Le cours s’adresse à des étudiants actuels de l’Université Laval, mais aussi à des travailleurs dont la profession gravite autour de locuteurs de l’inuktitut.

L’inuktitut – un dialecte de la langue inuit – compte environ 39 770 locuteurs au Canada, dont 65 % habitent dans le territoire du Nunavut et 30,8 % au Québec, selon le Recensement de 2016. Le dialecte présente toutefois plusieurs nuances d’une région à une autre du pays.

L’inuktitut est l’un des principaux dialectes de la langue inuit au Canada. Cette image montre une ressource pédagogique en inuktitut du Nunavut, un territoire de l’Arctique canadien. (Marc Godbout/Radio-Canada)
Cours hybride

La charge du cours a été remise à la professeure de langues Justyne Chamberland-Poulin, une enseignante de français langue seconde qui travaille par alternance de deux semaines à la mine Raglan, située à quelques kilomètres à l’est de Salluit, au Nunavik.

« Cette alternance entre la mine et la ville de Québec me permet donc de rester en contact constant avec la langue, qui ne cesse d’évoluer », soutient Justyne Chamberland-Poulin, dans un échange de courriels.

Le cours sera donné une fois par semaine, dont une semaine sur deux en classe. « C’est un cours hybride […] donc dans l’intervalle, les étudiants vont travailler à distance, de façon autonome », précise Rachel Sauvé.

Le cours sera donné en classe une semaine sur deux. Durant l’autre semaine, les étudiants devront travailler à distance. (Issouf Sanogo/AFP via Getty Images)

Même si elle n’écarte pas complètement la possibilité de tenir le cours par visioconférence, la directrice de l’École de langues croit que cela risquerait de compromettre la confidentialité des examens. « Tout le monde se connaît, donc les répondants ne sont pas neutres, croit-elle. Et [pour] nous, la question de la sécurité des examens, c’est extrêmement important. »

Culture inuit

Le cours abordera aussi certains éléments de la culture inuit, comme le rapport singulier à la temporalité et à l’espace, ce qui permettra aux étudiants de mieux comprendre l’accord de certains temps verbaux, indique Rachel Sauvé. « La langue est très rattachée à la culture inuit […] donc nous, on ne fait pas de distinction entre langue et culture », ajoute-t-elle.

La culture inuit est étroitement liée au territoire. Certaines notions relatives à la temporalité et à l’espace se transposent dans l’accord des temps verbaux, indique Rachel Sauvé. (Émilie Dubreuil/Radio-Canada)

La faculté des langues souhaiterait aussi embaucher un assistant inuit qui puisse offrir sa perspective culturelle. « Idéalement, il est certain que j’aimerais que ce poste soit un jour comblé par un locuteur natif formé en didactique des langues », mentionne Justyne Chamberland-Poulin.

Selon Rachel Sauvé, une trentaine de personnes se sont déjà inscrites au cours. Elle espère que des étudiants inuit qui résident à Québec seront aussi de la partie. « Des étudiants qui, pour toutes sortes de raison, en ont perdu l’usage, ou veulent se la réapproprier », dit-elle.

Quant à ceux qui voient dans ce cours enseigné par une non-Inuk une forme d’appropriation culturelle, Rachel Sauvé répond que l’objectif est de « développer des compétences et de les mettre en pratique dans un esprit de réconciliation avec les peuples autochtones ».

« Si j’avais eu la possibilité d’engager une personne inuit [sicpour donner le cours, il aurait fallu qu’elle ait les mêmes compétences qu’une autre personne », poursuit-elle.

À terme, la faculté souhaiterait aussi offrir un cours d’initiation en langues innue et huronne-wendate.

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Une pensée sur “Une université québécoise offrira un cours d’initiation à l’inuktitut

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    vendredi 22 novembre 2019 à 07:38
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    Félicitations à tous ceux qui ont permis que ce cours se donne à l’Université Laval. Je suis confiante que le prochain professeur sera un Inuit…Enfin, quelle belle avancée pour une meilleure compréhension de ce peuple…

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