Le réchauffement climatique en Alaska dégrade la santé des phoques

Un phoque commun avec la tête hors de l’eau. (Robert F. Bukaty/AP Photo/La Presse canadienne)
Selon une étude du Service national américain de la pêche maritime (NOAA), trois espèces de phoques en Alaska subissent de plein fouet les effets du réchauffement climatique dans la mer de Béring et les îles Aléoutiennes.

Les trois espèces concernées sont le phoque annelé, le phoque tacheté et le phoque commun. On sait que la région arctique a connu des bouleversements climatiques rapides durant la dernière décennie avec des hausses de températures inédites, ce qui a eu des conséquences sur l’épaisseur de la glace. Les phoques de la région qui sont connus pour être des prédateurs résistants ont besoin de la banquise pour se nourrir.

La période d’étude s’est déroulée durant la vague de chaleur du Pacifique Nord de 2014 et 2016 et ses effets « persistants » jusqu’en 2018. L’objectif principal des scientifiques était de trouver des liens entre les modifications corporelles des animaux durant les changements écologiques rapides.

Les scientifiques du Service national américain de la pêche maritime s’approchent d’un phoque annelé. (NOAA Fisheries)

Même si de nombreuses espèces de prédateurs sont difficiles à observer (et à surveiller), l’étude publiée en anglais dans la revue ScienceDirect explique qu’elles sont généralement insensibles aux changements « à court terme » de l’écosystème. « Leur capacité à passer d’une proie à l’autre leur permet de s’adapter en douceur aux changements », précise-t-on.

Mais lorsque l’état de ces prédateurs dits « adaptables » se dégrade, cela reflète de plus importantes modifications écologiques sous-jacentes. À ce titre, les scientifiques ont étudié des changements radicaux en ce qui concerne les taux de reproduction et de mortalité des espèces.

« Bien que nous ne possédions pas encore de données quantitatives précises, nos conclusions mettent en évidence les impacts liés au climat sur la vie des phoques », a indiqué Peter Boveng, biologiste et auteur principal de l’étude.

Les scientifiques pèsent un phoque. (NOAA Fisheries)
« Les conditions de réchauffement dans l’Arctique semblent affecter la condition physique des phoques d’une manière qui pourrait avoir un impact sur leurs populations. »Peter Boveng, biologiste et auteur principal de l’étude

Selon les chercheurs, la condition physique (plaies, perte de poils et comportements léthargiques) des trois espèces de phoques s’est dégradée de 2007 à 2018. Ils ont d’ailleurs remarqué des cas de mortalité inhabituels en Alaska qui ont des conséquences sur tous les phoques de la région, y compris les phoques annelés et les phoques tachetés. « En plus de ce déclin général, l’état des jeunes phoques a diminué dans les trois espèces. »

L’étude explique que les populations des trois espèces de phoques observés peuvent se compter par centaines de milliers d’individus dans les territoires arctiques du Pacifique que sont la mer de Béring et la mer d’Okhotsk.

Ils sont d’importants consommateurs ayant le potentiel de façonner un réseau alimentaire varié. Il reste que ces animaux dépendent de la banquise pour leur survie. Elle leur permet notamment de se reproduire.

Les scientifiques qui observent les mammifères depuis 2007 notent que la plupart des phoques communs ne dépendent pas de la glace de mer (sauf ceux qui s’échouent sur les banquises). C’est pourquoi cette espèce peut réagir différemment des autres phoques aux changements écologiques.

« Le sort des mammifères marins dans un Arctique en réchauffement suscite beaucoup d’inquiétudes, a ajouté le biologiste Peter Boveng. La perte de la banquise est dramatique, et nous prévoyons qu’elle se poursuivra au cours des prochaines décennies. »

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine est diplômé en journalisme de l’Université de Montréal. Il commence sa carrière comme reporter et journaliste culturel. Avant de rejoindre l’équipe de Radio-Canada, il a collaboré durant plusieurs années pour plusieurs médias, notamment l’Agence QMI et Le HuffPost.

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