Combattre l’insécurité alimentaire dans le Grand Nord canadien avec des viandes traditionnelles

L’aîné Paul Voudrach, d’Inuvik, reçoit une livraison de viande sauvage, distribuée dans le cadre d’un programme géré par la Société régionale Inuvialuit. (Société régionale Inuvialuit)
Saucisse de baleine, steak de bœuf musqué, poisson fumé de type jerky ou bacon de castor sont autant de produits peu connus de beaucoup de Canadiens, mais qui font le bonheur des Inuvialuit (Inuit de l’ouest du Canada) grâce une initiative de la Société régionale Inuvialuit (IRC).

Ashley Jacobson prépare et conditionne ces produits dans la nouvelle usine de transformation d’aliments traditionnels d’Inuvik. Elle adore ce travail, car elle a grandi à Tuktoyaktuk et y récoltait de la viande d’animaux sauvages, en apprenant de ses aînés le respect de la terre et des animaux.

« J’ai entendu beaucoup de bonnes réactions », confie la jeune femme de 30 ans à propos de la nourriture distribuée dans les foyers inuvialuit de la région.

« Le prix qu’ils paient pour recevoir ces produits a beaucoup d’importance, particulièrement pour les communautés isolées, où de nombreuses choses, comme l’épicerie, ont un coût très élevé. »

Nellie Elanik, Margaret Gordon et Sabrina Lucas sont formées à la fabrication de saucisses à l’usine de transformation d’Inuvik. (Société régionale Inuvialuit)

Le programme de transformation alimentaire des animaux sauvages a pour objectif de s’attaquer aux problèmes d’insécurité alimentaire, d’offrir des occasions d’emploi et de remettre en lien les Inuvialuit avec les traditions de la région du Beaufort-Delta.

Un partenariat avec les chasseurs et les trappeurs

La viande et le poisson sont récoltés par des chasseurs et des trappeurs d’Inuvik, d’Aklavik, de Sachs Harbour, de Paulatuk, d’Ulukhaktok et de Tuytoyaktuk.

« On découpe le castor, on le broie et on l’épice, puis on le jette dans le fumoir. Puis, le lendemain, on le découpe en tranches », explique Ashley Jacobson.

Elle ajoute qu’en général les gens trouvent cela meilleur que le bacon de porc.

« Ashley Jacobson est exactement le type d’Inuvialuk pour qui nous voulons créer des occasions », affirme Brian Wade, le directeur du programme.

De la viande transformée prête à être distribuée dans les foyers de la région désignée des Inuvialuit aux Territoires du Nord-Ouest. (Société régionale Inuvialuit)

« C’est une travailleuse acharnée, maintenant entièrement formée dans ce domaine, contribuant à la sécurité alimentaire de la région et acquérant des compétences précieuses et transférables. Nous prenons ce travail très au sérieux. C’est incroyable de le voir se concrétiser », dit-il.

Avec le programme, les chasseurs et les trappeurs de la région désignée des Inuvialuit (RDI) reçoivent une compensation financière pour chaque produit d’animaux sauvages qu’ils rapportent. La viande est ensuite traitée et emballée à Inuvik avant d’être redistribuée dans la région.

Quatre distributions annuelles

Brian Wade raconte que la première distribution s’est déroulée juste avant Noël pour les foyers inuvialuit enregistrés des six communautés de la RDI. La prochaine distribution devrait avoir lieu en mars ou en avril, l’objectif étant d’en organiser quatre par an.

Selon Brian Wade, le programme représente une grosse part du budget de l’IRC. Douze bénéficiaires inuvialuit ont été embauchés et formés l’été dernier et, depuis août, ils travaillent à temps plein à l’usine.

L’idée du programme remonte à quelques années. Des cours de transformation d’aliments traditionnels sont offerts depuis 2015 grâce à un partenariat entre le Collège Aurora, le Conseil Tribal Gwich’in et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.

L’année dernière, l’IRC a également repris la gestion d’un troupeau de rennes dans le but d’en faire une source de nourriture durable.

Brian Wade distribue de la viande à une aînée. (Société régionale Inuvialuit)

Michelle Gruben, qui travaille pour le Comité des chasseurs et des trappeurs d’Aklavik, et qui fait partie du conseil d’administration de l’IRC, se réjouit que des personnes aient accès à des produits alimentaires qu’elles ne pourraient pas se procurer autrement.

Elle explique que les comités locaux de chasseurs et de trappeurs ont mis des annonces pour des types et des quantités de viandes sur leurs pages Facebook. Chaque fois, le succès était au rendez-vous.

« Ils ont grandi sur ces terres, leur nourriture vient de ces terres et le fait de partager le fruit de leurs récoltes avec l’usine, je crois que c’est un gros bonus pour eux », dit-elle.

Michelle Gruben assure aussi qu’ils perçoivent une rémunération juste : en échange de 10 lottes, par exemple, ils reçoivent 200 $.

La dernière fois que j’ai mis une annonce pour des lottes, en 5 minutes, j’avais 25 noms.

Avec les informations de Karli Zschogner

Radio-Canada

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