Inuit du Nunavut : plus de complications chirurgicales que les autres patients

Les Inuit connaissent plus de difficulté à récupérer après une intervention chirurgicale. (Claudiane Samson/Radio-Canada)
Une étude réalisée à l’Hôpital d’Ottawa indique que les Inuit du Nunavut, au Canada, sont 25 % plus susceptibles d’avoir des complications après une intervention chirurgicale que les patients non inuit.

Selon les chercheurs, ce constat pourrait notamment être dû au manque de soins de santé adaptés à la culture inuit.

L’étude publiée mardi dans la version en ligne du journal de l’Association médicale canadienne (AMC) a été menée sur des patients adultes de l’Hôpital d’Ottawa entre 2011 à 2018.

Cet hôpital est l’un des principaux fournisseurs de soins de la région de Qikiqtani, dans le nord-est du Nunavut, qui abrite la moitié de la population inuit du territoire.

« Le message à retenir est toujours que si vous avez besoin de soins ou d’une intervention chirurgicale à Ottawa, il est toujours très sûr d’obtenir ces services », selon la Dre Donna May Kimmaliardjuk, auteure de l’étude et chirurgienne cardiaque. 

L’étude intervient un an après qu’un examen du système eut révélé que les Autochtones connaissaient un taux de mortalité de 30 % plus élevé après la chirurgie que les patients non autochtones au Canada.

Les auteurs de cette étude ont également analysé la littérature qui indiquait que les patients autochtones souffraient de taux plus élevés de complications chirurgicales, notamment d’infections postopératoires et de réadmissions à l’hôpital.

Le Dr Jason McVicar, auteur principal de ces deux examens, affirme que celui de l’année dernière a montré qu’il n’y avait pas de données concernant spécifiquement les communautés inuit et métisses.

« Nous avons constaté qu’il y avait cet écart, dit le Dr McVicar, anesthésiste métis à l’Hôpital d’Ottawa. Nous avons donc décidé d’examiner sept années de données et nous avons pu examiner toutes les chirurgies qui ont eu lieu à Ottawa à ce moment-là. »

Les chercheurs ont pu identifier les Inuit du Nunavut grâce à un code dans leur numéro de carte de santé. Les patients inuit du Nunavut représentaient 928 des 98 701 interventions chirurgicales. L’étude a examiné les résultats un mois après la chirurgie pour tous les patients hospitalisés, sans compter les chirurgies obstétricales ou cardiaques.

Il n’y avait aucune différence dans les résultats après une chirurgie d’urgence entre les patients inuit et non inuit.

Le Dr McVicar a toutefois noté que les patients inuit du Nunavut qui avaient subi des chirurgies non urgentes étaient 58 % plus susceptibles d’avoir des complications et que dans les cas de chirurgies contre le cancer, la proportion de possibilités de complications augmentait à 63 %.

La Dre Kimmaliardjuk prétend que le faible accès aux soins au Nunavut est probablement la raison de tels résultats.

« Lorsque vous n’avez pas accès à des soins opportuns et culturellement appropriés, vous subissez un retard dans le diagnostic et un retard dans la chirurgie. Ce qui signifie que la chirurgie est pratiquée à un stade plus avancé de la maladie », explique-t-elle.

« En tant que chirurgien, lorsque quelqu’un vient à vous plus malade, l’opération devient beaucoup plus difficile et augmente votre risque de complications. »

L’équipe de recherche tente d’élargir les types de chirurgies qui peuvent être pratiquées au Nunavut, afin que les patients puissent recevoir des soins plus près de chez eux. L’Hôpital d’Ottawa et l’Université d’Ottawa ont déjà des partenariats avec des équipes de chirurgie générale à Iqaluit.

Pour de nombreuses personnes au Nunavut, recevoir des soins à Ottawa pourrait être comparé à quelqu’un en Ontario se rendant à Mexico pour une intervention chirurgicale, selon le Dr McVicar.

« Pour ce qui est de la distance parcourue, de la différence climatique, de la langue, de la culture, de l’isolement, ces défis seraient insondables pour certaines personnes », explique-t-il.

« Pour les Inuit du Nunavut, c’est un événement quotidien. »

La Dre Kimmaliardjuk ajoute qu’elle aimerait voir davantage de services de dépistage médical au Nunavut, ainsi que des services de télésanté élargis avec des spécialistes.

« Nous avons des chiffres réels que nous n’avions pas auparavant et que nous pouvons présenter aux législatures, aux gouvernements, aux organisations et aux décideurs pour montrer où et pourquoi nous devrions investir nos ressources et notre argent. »

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