Nord québécois : le Nunavik prépare son plan d’action en prévention du suicide

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Le Comité régional pour la prévention du suicide au Nunavik, dans le Nord québécois, travaille actuellement à l’élaboration d’un plan d’action en matière de prévention du suicide. Cette image montre la communauté de Kuujjuaq, en juin 2018. (Eilís Quinn/Regard sur l’Arctique)
Plus d’une vingtaine de municipalités, d’associations et d’organisations du Nunavik, la région inuit du Nord québécois, travaillent actuellement à l’élaboration d’un plan d’action qui dictera la voie à suivre pour implanter sa stratégie en prévention du suicide.

« La stratégie nous a permis d’identifier les priorités, mais il n’y avait pas mesures concrètes qui [en] sortaient, donc il fallait se doter d’un plan d’action », explique Josée Lévesque, agente de communication en prévention du suicide et en santé mentale à la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN), qui coordonne les travaux de la stratégie.

Créé en 2014, le Comité régional pour la prévention du suicide au Nunavik a lancé au mois de juin sa stratégie de prévention du suicide, qui oriente ses priorités sur cinq ans pour réduire le nombre de cas de suicides dans cette région.

La région du Nunavik détient la plus haute proportion de suicides au Québec.

Entre 2000 et 2013, le Bureau du coroner du Québec a relevé 172 cas de suicides au Nunavik. Sur cette image : l’église anglicane de Kuujjuaq, en octobre 2018. (Elis Abboud/CBC)
Des mesures déjà en place

À la fin d’octobre, à l’issue d’une session de travail de trois jours où les membres du comité étaient réunis pour entamer l’élaboration d’un plan d’action, ces derniers ont cerné 18 nouvelles mesures à mettre en place d’ici à la prochaine année. « On a déjà évalué pendant les trois jours que c’était réaliste et qu’on avait les ressources financières et humaines pour le faire », affirme-t-elle.

Le comité doit se réunir à nouveau lors de deux autres rencontres qui auront lieu entre la fin du mois de janvier et le début du mois de mars.

« Le plan d’action énumère des mesures à travers lesquelles tout le monde va être impliqué ou mis à profit, que ce soit la police, les centres de santé, les travailleurs de premières lignes, l’ARK [Administration régionale Kativik, NDLR] ou [la Société] Makivik. »

Josée Lévesque, agente de communication en prévention du suicide et santé mentale, RRSSSN

Même si le comité prévoit dévoiler son plan d’action au courant du printemps, certaines mesures proposées ont déjà été déployées. « On n’attend pas d’avoir une version finale pour commencer, soutient-elle. On a presque un premier draft pour la première année. »

Parmi elles, elle cite comme exemples la conférence de prévention et de guérison Puttautiit, qui se tient chaque année dans une des quatorze communautés de la région, ou encore le projet NUNAMI, un programme de prévention et de guérison axé sur le territoire, lancé en 2018. « La guérison passe vraiment par le territoire », affirme l’agente de programme et coordinatrice de l’équipe d’intervention en cas de suicide à la RRSSSN, Annie Nulukie.

« Nous [les membres du comité, NDLR] avons réalisé que nous devions aussi trouver des manières de soutenir ceux qui n’ont pas les moyens de chasser et de pêcher », poursuit-elle.

L’une des cinq priorités de la stratégie de prévention du suicide du Nunavik porte sur la guérison du deuil et des traumatismes historiques. Selon Annie Nulukie, le processus de guérison passe par le territoire. (Matisse Harvey/Regard sur l’Arctique)
Le rôle des Inuit

Depuis une dizaine d’années, Annie Nulukie est membre de plusieurs comités axés, entre autres, sur la prévention du suicide, la santé, l’enfance et le bien-être des Inuit. « J’étais souvent la seule membre inuk dans les comités; c’était difficile de me faire entendre au nom de tous [les Inuit] de ma région », se souvient-elle.

Aujourd’hui, elle affirme sentir un réel effort de la région pour prendre en main la crise qui perdure depuis les dernières années. « Je vois vraiment la différence depuis que nous sommes impliqués dans la création de programmes, de stratégies et de plans d’action, soutient Annie Nulukie. C’est beaucoup plus efficace. »

« Les experts en prévention du suicide auprès des Inuit, ce sont les Inuit. Ce sont eux qui ont vécu les traumas, ce sont eux qui vivent le suicide de leurs proches. Si les solutions ne viennent pas d’eux, il n’y a pas ou peu de chance de succès », affirme Josée Lévesque.

Si vous ou un de vos proches êtes en détresse, téléphonez à la Ligne québécoise de prévention du suicide au 1 866 APPELLE (277-3553).

Une ligne d’écoute pour le mieux-être des Inuit et des Premières Nations existe aussi : 1 855 242-3310.

« Il n’y a aucun autre sujet au Nunavik qui rassemble 20 organisations autour d’une table pendant trois jours », poursuit-elle.

Le Comité régional pour la prévention du suicide au Nunavik n’est pas la seule entité à avoir mis sur pied une stratégie de prévention sur le sujet.

En 2016, l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), qui représente les Inuit au Canada, s’est elle aussi dotée d’une stratégie pour réduire le nombre élevé de morts par suicide chez les Inuit à l’échelle nationale.

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