Le Nunavut, une pépinière d’artistes aux salaires inférieurs à la moyenne canadienne

Le territoire du Nunavut, dans l’Arctique canadien, arrive en deuxième position des provinces et territoires du pays où la concentration d’artistes est la plus élevée, derrière la Colombie-Britannique. Cette image montre un bœuf musqué sculpté par l’artiste inuk Jomie Aipeelee, à Iqaluit, la capitale territoriale. (Marc Godbout/Radio-Canada)
Le territoire nordique du Nunavut regroupe l’une des plus fortes concentrations d’artistes au Canada, mais il est aussi celui où leur revenu médian demeure le plus bas, conclut un récent rapport qui collige des données du recensement de 2016.

Avec ses quelque 180 artistes dénombrés en 2016, le Nunavut arrive en deuxième position des provinces et territoires du pays où la concentration d’artistes (1,17 %) est la plus élevée au sein de la population active, derrière la Colombie-Britannique (1,18 %).

C’est ce que montre l’analyse de la firme de services-conseils Hill Strategies, financée par le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts de l’Ontario et le ministère du Patrimoine canadien. Le rapport, rendu public mercredi, s’appuie sur le questionnaire détaillé du recensement de 2016 de Statistique Canada.

Hill Strategies s’est intéressée au nombre d’artistes par provinces et territoires et à leur revenu annuel. Neuf catégories sont utilisées pour différencier les types de professions artistiques, dont les danseurs, les artisans, les artistes visuels, ou encore les musiciens et les chanteurs.

Selon le rapport, 71 % des artistes du Nunavut appartiennent à la catégorie des artisans. (Karen McColl/CBC)
Des salaires inférieurs

Le salaire médian annuel des artistes du Nunavut, qui avoisine les 10 700 $, arrive en queue de peloton dans l’ensemble du Canada. Parmi les raisons qui expliquent cet état des lieux, le directeur du Conseil des arts du Canada, Simon Brault, évoque le coût élevé des matériaux et les frais de livraisons faramineux dans ce territoire nordique.

« Ça confirme ce qu’on sait là-bas : il y a vraiment un problème de rémunération, de diversification des pratiques et aussi un enjeu d’infrastructures important », affirme-t-il.

Les variations salariales représentent l’un des écarts les plus importants entre le Nunavut et les autres territoires du nord du pays.

« Ce qui me frappe le plus, c’est qu’il y a d’énormes différences entre les trois territoires », mentionne le président de Hill Strategies et auteur du rapport, Kelly Bell.

Au Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest, le salaire médian atteint respectivement 32 900 $ et 27 200 $, soit plus que n’importe quelle région du Canada. « Puisqu’il n’y a pas beaucoup d’organismes et d’infrastructures artistiques et culturels, les travailleurs culturels sont surtout au gouvernement, ce qui explique les niveaux de salaires plus élevés », indique Simon Brault.

Le Yukon arrive en tête des provinces et territoires du pays où les artistes ont le revenu médian le plus élevé. Sur cette image : l’artiste Samiha Amin, devant Miles Canyon, dans le sud du Yukon. (Jane Sponagle/CBC)

À l’instar de ses territoires voisins, le Nunavut regroupe davantage d’artistes travaillant à leur compte ou dans de petits collectifs.

L’analyse montre aussi que les artistes au Nunavut sont majoritairement des hommes (74 %) âgés de 45 ans et plus (54 %) qui ne disposent pas d’un diplôme d’études secondaires (57 %).

« Décoloniser notre approche »

Si le rapport montre que les artistes sont presque exclusivement Autochtones, soit 91 % – la plus grande proportion au Canada –, il ne précise pas à quelle population autochtone les artistes sont associés.

Selon le directeur du Conseil des arts du Canada, ce constat met en évidence plusieurs limites méthodologiques dans l’interprétation des données. « Ils [Statistique Canada, NDLR] appliquent exactement la même approche dans le Nord qu’ils appliquent pour l’ensemble du Canada », soutient Simon Brault.

À titre d’exemple, il cite aussi l’absence de traduction du questionnaire détaillé en langues autochtones. « On sait donc qu’il y a plein d’artistes et d’artisans qui ne répondront pas au questionnaire », affirme-t-il.

« Il y a un besoin de décoloniser notre approche en termes de recherche [et] de recensement parce qu’il y a une partie de la réalité qu’on n’arrive pas à capturer. »

Simon Brault, directeur du Conseil des arts du Canada
Le directeur du Conseil des arts du Canada, Simon Brault, croit que la manière dont la recherche dans les secteurs culturels et artistiques est faite au Canada doit être révisée et repensée pour mieux refléter la réalité du Nord. (Vanessa Costa/Radio-Canada)

Coût élevé des déplacements, isolement, manque d’espaces de création et de représentations… Les défis auxquels se heurtent les artistes dans le nord du pays sont multiples.

Simon Brault croit que les institutions artistiques et culturelles au pays ont encore du chemin à faire pour mieux soutenir les artistes et adapter leurs exigences aux réalités nordiques.

« La seule façon d’y arriver, c’est vraiment de travailler plus de bas en haut […] parce qu’on ne peut pas simplement penser qu’on va juste faire atterrir nos programmes dans le Nord », assure-t-il.

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