Le Royaume-Uni offre d’aider le Canada à défendre l’Arctique

La marine britannique veut notamment fournir des sous-marins nucléaires. (Charles Ball/Royal Navy)

Le Royaume-Uni s’intéresse à la défense de l’Arctique. Il offre de soutenir les Forces armées canadiennes en participant à une série d’exercices en environnement froid et en apportant une aide technologique aux efforts de surveillance de la région.

Dans une entrevue à CBC, le général Nick Carter, le chef d’état-major de la défense britannique, a indiqué que son pays est prêt à coopérer et à en apprendre plus sur la survie et le combat en région froide et éloignée.

Cette coopération consisterait, selon lui, à « aider le Canada à faire ce qu’il a à faire en tant que pays arctique ».

Selon des experts, cette offre circule depuis des mois dans les hautes sphères gouvernementales, mais le Canada se montre réfractaire à l’idée de voir quiconque, même ses plus proches alliés, s’impliquer de façon trop importante dans la région.

Le Canada « a peur que ce genre d’implication [de membres] de l’OTAN ne mine sa souveraineté », explique l’expert en défense de l’Arctique de l’Université de Calgary Rob Huebert.

Il ajoute que ni les États-Unis ni le Royaume-Uni ne reconnaissent la souveraineté du Canada sur le passage du Nord-Ouest.

L’Arctique, une préoccupation politique et militaire

L’Arctique tend à devenir l’une des grandes préoccupations des pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

La menace que posent la Russie et d’autres adversaires, comme la Chine, était au coeur des discussions lors du sommet de l’organisation en juin.

Cette préoccupation était également l’un des éléments phares de la stratégie militaire du gouvernement conservateur de Stephen Harper, qui a investi dans la construction d’une base de ravitaillement et d’une flotte de six navires pour la patrouille nordique.

Le gouvernement Harper avait fait de la souveraineté du Canada dans l’Arctique l’un des fers de lance de sa politique militaire. (Fred Chartrand/La Presse canadienne/archives)

Si les militaires canadiens peuvent patrouiller à la surface des eaux, les moyens de surveillance sous-marine et par satellite sont limités et en tout début de déploiement.

Selon le général Carter, le soutien de l’armée britannique permettrait au Canada d’avoir l’Arctique à l’oeil au moment même où la fonte des glaces risque d’ouvrir de nouveaux passages.

« On s’en remettrait évidemment à l’expertise canadienne en la matière, note-t-il. Je crois que nous avons les moyens militaires, surtout pour les questions maritimes, et un savoir qui pourrait être utile au Canada. Je pense aussi que cette collaboration serait avantageuse pour les deux pays. »

L’attrait du nucléaire

Parmi les moyens dont dispose le Royaume-Uni et qui font défaut à la marine canadienne, il y a les sous-marins nucléaires. Ceux-ci peuvent rester sous l’eau et la glace pendant de longues périodes.

Le Canada a caressé l’idée de se doter d’une telle flotte dans les années 1980, mais le projet a été abandonné à la fin de la guerre froide.

Lorsqu’Ottawa a racheté les sous-marins à propulsion diesel-électrique de la marine britannique, à la fin des années 1990, le projet de doter ces vaisseaux de piles à combustible, ce qui leur aurait notamment donné une meilleure autonomie, a rapidement été abandonné.

Depuis, d’autres puissances ont montré les capacités de leur flotte de sous-marins nucléaires.

En 2018, les Britanniques ont rejoint les exercices bisannuels de l’Arctique, qu’ils avaient délaissés pendant une dizaine d’années, note Rob Huebert.

En mars 2021, les Russes ont déployé trois sous-marins nucléaires très silencieux et leur ont ordonné de percer simultanément le couvert de glace de l’Arctique, ce qui a suscité une onde de choc dans les milieux de la défense.

La démonstration de la nouvelle flotte de la marine russe a eu des échos dans les milieux militaires. (Photo : AP)

« Nous n’avons pas la capacité de nous défendre contre les sous-marins russes ou chinois, si cela devenait nécessaire, précise Rob Huebert. C’est l’atout numéro un d’une présence britannique dans l’Arctique. »

Dans une déclaration, le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan, soutient que l’Arctique est une zone de coopération qui « exige une collaboration continue et des partenariats avec les alliés les plus proches, dont le Royaume-Uni ».

Sans rejeter l’offre britannique, le porte-parole du ministre, Daniel Minden, précise que le Canada continuera de travailler avec ses alliés et partenaires, dont les États-Unis et les autres membres de l’OTAN afin d’améliorer la surveillance de la région.

« Le Royaume-Uni est l’un de nos principaux partenaires et nous espérons que notre collaboration augmentera à l’avenir », explique-t-il.

Malgré cette apparente ouverture, Rob Huebert rappelle qu’au-delà de l’Opération Nanook, un exercice militaire tenu tous les étés, le Canada se montre toujours réticent à l’idée de voir ses alliés prendre plus de place dans le Nord.

Assurer la présence canadienne

Le vice-président de l’Institut canadien des affaires mondiales, Dave Perry, voit dans l’offre britannique un rappel à l’ordre pour le gouvernement canadien.

Selon lui, il faut que le Canada se montre présent dans l’Arctique. « Il faut que les Canadiens se souviennent que c’est leur territoire », dit-il.

« Je crois que c’est bien de travailler avec les autres, mais nous devrions faire ce que nous pouvons pour nous assurer du contrôle de notre territoire. »

Avec les informations de Murray Brewster

Radio-Canada

Pour d’autres nouvelles sur le Canada, visitez le site de Radio-Canada.

Vous avez remarqué une erreur ou une faute ? Cliquez ici !

Laisser un commentaire

Note: En nous soumettant vos commentaires, vous reconnaissez que Radio Canada International a le droit de les reproduire et de les diffuser, en tout ou en partie et de quelque manière que ce soit. Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette.
Nétiquette »

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *