Dans le Grand Nord canadien, les opioïdes ont tué 24 Yukonnais en 2021 et au moins 9 au début de 2022

Selon les dernières données, 24 Yukonnais ont succombé à des surdoses d’opioïdes en 2021. (Radio-Canada)
Le bureau de la coroner en chef du Yukon a publié les statistiques finales sur les décès liés aux surdoses d’opioïdes pour l’année 2021. Si le nombre de morts s’élève à 24 l’an dernier, les statistiques du premier mois et demi de 2022 laissent entrevoir une année difficile à venir.

« Ces décès auraient pu être évités, et nos communautés continuent de se débattre avec le chagrin et la douleur associés à la perte de vies causée par la toxicomanie », dit le communiqué du Bureau de la coroner en chef du Yukon, Heather Jones.

Cette dernière ajoute que le bilan est « effrayant » et qu’il n’est pas nécessaire de regarder loin pour voir en quoi cette crise touche tous les habitants du territoire.

En tout, 20 des 24 victimes habitaient dans la région de Whitehorse, où se trouve la majeure partie de la population du territoire.

Les deux tiers des victimes étaient des hommes. Sur les 24 personnes décédées, 10 étaient autochtones, et 14 étaient allochtones. Leur âge moyen était de 44 ans.

Si le fentanyl est présent dans les 24 décès, de la cocaïne (17 cas), des benzodiazépines (6 cas) et du carfentanil (2 cas) ont aussi été retrouvés dans les rapports toxicologiques.

Des victimes au profil différent, en 2022

Du 5 janvier au 22 février 2022, au moins 9 décès liés aux opioïdes ont déjà été constatés. L’enquête visant à déterminer les causes d’un décès supplémentaire se poursuit.

Heather Jones fait remarquer que le profil des premières victimes de cette année est différent : 7 des victimes sont membres d’une Première Nation, 5 sont des femmes, et leur âge moyen est de 32 ans.

Heather Jones, la coroner en chef du Yukon, affirme que ce à quoi fait face le Yukon est « extrêmement difficile ». (Vincent Bonnay/Radio-Canada)

Du fentanyl a été détecté dans tous les cas de surdose d’opioïdes confirmés jusqu’à maintenant.

« Ce que vit le Yukon est étonnamment difficile. Nous devons faire preuve de bonté, de sagesse et de compassion envers ceux qui luttent contre la toxicomanie, et travailler pour nous soutenir mutuellement dans notre deuil. »

L’influence possible de la pandémie

Selon l’ancien médecin hygiéniste en chef et nouveau député fédéral du Yukon Brendan Hanley, les données sur les surdoses semblent indiquer que « l’augmentation du taux de […] décès attribués aux opioïdes est liée à la pandémie, peut-être pour plusieurs raisons. »

Celui qui avait déjà prévenu, l’an dernier, que la pandémie pouvait avoir un impact sur la santé mentale des Yukonnais, évoque notamment les effets secondaires des restrictions pour expliquer l’augmentation du nombre de décès.

Il dit-il que, d’une part, les restrictions ont engendré l’isolement de gens vulnérables et que, d’autre part, les risques liés à la COVID-19 ont engendré de l’anxiété. Il admet par ailleurs que l’accès aux soins de santé mentale a été perturbé par les restrictions.

Quant à savoir si la levée des restrictions aura un effet important sur la consommation d’opioïdes, Brendan Hanley se montre prudent. « Il faudra voir avec le temps », dit-il.

Cela ne va pas s’améliorer automatiquement. L’ouverture du côté social sera bonne, ce sera bien reçu, j’en suis sûr. Avec le temps, la santé mentale s’améliorera et le [sentiment] d’anxiété dans la population [s’apaisera].Brendan Hanley, député fédéral du Yukon

« La pandémie est toujours là [….] Nous savons que l’incertitude [qui l’accompagne] cause de l’anxiété », précise-t-il toutefois.

Un lien difficile à tracer, disent d’autres intervenants

Selon la coroner en chef du territoire, Heather Jones, le lien entre la pandémie, les restrictions et l’augmentation du nombre de surdoses mortelles n’est pas aussi clair.

« Les chiffres confirment certainement que les décès liés aux opioïdes ont augmenté depuis mars 2020, [mais] il est vraiment difficile de savoir dans quelle mesure cela est dû aux restrictions. »

La directrice de l’organisme Blood Ties Four Directions, Brontë Renwick-Shields, est du même avis.

Selon elle, le fait que les mesures de santé publique sont levées au Yukon et dans le reste du pays n’est pas forcément un soulagement. Elle rappelle en outre que la crise des opioïdes a commencé en 2016 au Yukon.

Brontë Renwick-Shields, la directrice de Blood Ties Four Directions, croit qu’il est difficile de dire si la crise des opioïdes a été amplifiée par les mesures de santé publique liées à la pandémie. (Philippe Morin/CBC)

Elle ajoute que, pourtant, les solutions pour faire face à la crise sont connues, comme l’amélioration de l’accès à la prise en charge, la mise en place de programmes culturellement appropriés et la décriminalisation.

Avec des informations d’Anna Desmarais et de Claudiane Samson

Laureen Laboret, Radio-Canada

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