Des organisations inuit saluent l’appui du Canada à une interdiction du mazout lourd dans l’Arctique

Navires situés juste à l’extérieur de la ville d’Iqaluit dans l’est de l’Arctique canadien. Deux organisations inuit se félicitent que le Canada se prononce en faveur d’une interdiction du mazout lourd pour les navires dans les eaux arctiques. (Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne)
Le soutien du Canada à une interdiction internationale du mazout lourd dans les eaux arctiques est une étape importante pour sauvegarder l’avenir à long terme des communautés autochtones du Nord, affirment deux organisations inuit.

« La récente annonce de Transports Canada en faveur d’une interdiction du mazout lourd dans l’Arctique démontre une vision et un leadership et elle est très encourageante », a déclaré la section canadienne du Conseil circumpolaire inuit (CCI) et Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) dans un communiqué de presse conjoint mardi.

L’ICC est une organisation qui représente les quelque 180 000 Inuit d’Alaska, du Canada, du Groenland et de Chukotka, en Russie. NTI est l’organisation qui représente les Inuit du territoire du Nunavut, dans l’est de l’Arctique canadien.

« Lorsque le gouvernement du Canada et l’industrie du transport maritime s’engagent à soutenir les infrastructures vitales de l’Arctique, y compris le transport maritime, s’engagent à être des leaders mondiaux dans le secteur du transport maritime et démontrent que les navires naviguant dans l’Arctique doivent également se conformer aux normes environnementales les plus élevées, nous sommes tous gagnants. »

Préoccupations environnementales versus considérations économiques

Le Canada a été l’un des derniers pays arctiques à se prononcer en faveur de l’interdiction. (Seule la Russie n’a pas annoncé son soutien à l’initiative).

Au cours du processus de consultation canadien, une grande attention a été accordée aux conséquences environnementales potentiellement dévastatrices d’un déversement de mazout lourd dans l’Arctique canadien.

Le mazout lourd décrit les combustibles visqueux et peu coûteux qui sont encore principalement utilisés dans le transport maritime international. Selon de nombreux rapports ainsi que des organisations autochtones de l’Arctique, sa consistance rendrait le processus de nettoyage après un éventuel déversement extrêmement complexe dans cette région.

« En tant qu’Inuit, nous sommes les gardiens de cette région et, en retour, elle pourvoit à nos besoins, aujourd’hui et à l’avenir », a déclaré mardi Aluki Kotierk, présidente de Nunavut Tunngavik Incorporated. (Photo non datée de Mme Kotierk). « Nous continuons à dépendre de l’environnement marin; nous vivons sur la côte, l’océan, et nous dépendons de la glace de mer ». (Kieran Oudshoorn/CBC)

Toutefois, il reste le principal carburant utilisé dans les navires qui ravitaillent les communautés isolées de l’Arctique canadien, ainsi que dans les vraquiers. On s’interroge actuellement sur les conséquences d’une éventuelle interdiction sur les coûts de la vie dans les communautés du Nord. L’évaluation des conséquences réalisée par le Canada a révélé que l’interdiction pourrait augmenter les coûts dans le Nord de 248 $ à 679 $ par ménage et par an.

Cependant, NTI et ICC ont déclaré que tout, des crédits d’impôt aux subventions en passant par les systèmes de remboursement, pourrait être utilisé pour compenser les coûts qui se répercuteraient sur les communautés du Nord si l’interdiction entrait en vigueur.

« Ce sont des eaux difficiles à naviguer, d’une part nous avons besoin d’une protection pour nos eaux et nos animaux arctiques, et d’autre part on nous dit que cette protection entraînera une hausse des prix des biens déjà chers dont nous dépendons », a déclaré Lisa Koperqualuk, du Conseil circumpolaire inuit du Canada et vice-présidente d’ICC international.

« En travaillant ensemble, nous trouverons un moyen de soutenir l’industrie du transport maritime, de protéger l’environnement et de favoriser un développement communautaire responsable ».

L’annonce du Canada mardi a souligné que le gouvernement favorise une approche progressive pour mettre un terme au mazout lourd dans les eaux du Nord.

« Il ne doit pas y avoir de délais supplémentaires »

La Clean Arctic Alliance, une coalition de plusieurs organisations à but non lucratif, dont le WWF et Greenpeace, qui font campagne pour que l’OMI mette en œuvre une interdiction juridiquement contraignante du mazout lourd dans les eaux arctiques, a salué l’annonce du Canada mardi, mais a rejeté la préférence du gouvernement pour une approche progressive, estimant que les enjeux environnementaux étaient trop élevés.

« Le Canada doit être félicité pour ses efforts en vue de protéger l’environnement marin arctique tout en garantissant aux communautés l’accès à un océan propre pour leur alimentation et leur culture. Toutefois, compte tenu des menaces liées à l’utilisation du mazout lourd, l’introduction d’une interdiction ne devrait pas être retardée », a déclaré Andrew Dumbrille, spécialiste du transport maritime durable à WWF Canada.

« Le gouvernement canadien doit soutenir la mise en œuvre d’une interdiction sans délai et assumer immédiatement tous les coûts potentiels liés à l’abandon du mazout lourd, afin que les populations des communautés du Nord ne soient pas affectées ».

L’Organisation maritime internationale et ses membres abordent la question d’une interdiction internationale du mazout lourd dans l’Arctique cette semaine à travers le sous-comité sur la prévention et la lutte contre la pollution (PPR) réuni à Londres jusqu’au 21 février.

Une mise à jour des discussions est attendue vendredi.

– Traduction par Mathiew Leiser, Regard sur l’Arctique

Eilís Quinn, Regard sur l'Arctique

Eilís Quinn, Regard sur l'Arctique

Eilís Quinn est une journaliste et responsable du site Regard sur l’Arctique/Eye on the Arctic, une coproduction circumpolaire de Radio Canada International. En plus de nouvelles quotidiennes, Eilís produit des documentaires et des séries multimédias qui lui ont permis de se rendre dans les régions arctiques des huit pays circumpolaires.

Elle s’intéresse notamment aux changements climatiques et aux enjeux auxquels sont confrontés les peuples autochtones du Nord.

Son enquête journalistique «Arctique – Au-delà de la tragédie » sur la mort violente de Robert Adams, un Inuk de 19 ans du Nord du Québec, a reçu une mention honorable pour son excellence dans la couverture de la violence et des traumatismes aux prix Dart 2019 à New York. Son documentaire multimedia «Bridging the Divide» sur la système de santé dans l'Arctique canadien a été finaliste aux prix Webby 2012.

Au cours de sa carrière Eilís a travaillé pour des médias au Canada et aux États-Unis et comme animatrice pour la série «Best in China» de Discovery/BBC Worldwide.

Twitter: @Arctic_EQ

Courriel: eilis.quinn@radio-canada.ca

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